Critique : À la Philharmonie, un avant-goût de vacances Bounty

Thanksgiving est arrivé un jour plus tôt au New York Philharmonic cette année : les calories, la graisse juteuse, la crème fouettée, le plaisir, le sens de la générosité sans fin. Le programme de l’orchestre au David Geffen Hall de mercredi était une immersion dans la richesse et dans des couleurs éclatantes et chaleureuses, et il vous a laissé comme un bon dîner de vacances : un peu hébété, voire heureusement somnolent, trébuchant vers le métro vraiment plein.

Dirigé par Stéphane Denève, le directeur musical du St. Louis Symphony, le concert était très français – jusqu’au tendre rappel de Rameau joué par le pianiste Víkingur Ólafsson, qui a fait ses débuts à la Philharmonie en tant que soliste dans le Concerto en sol de Ravel. (Le programme se répète le vendredi et le samedi.)

Au centre de ce concerto se trouve un adagio qui suspend le temps. Mais dans la performance d’Ólafsson, la rêverie – le léger flou, la délicatesse – a également saigné dans les deux mouvements extérieurs. Certains pianistes s’appuient sur la régularité machine-usine, la lucidité éclatante de ces parties pour marteler un contraste avec le mouvement lent. Mais, comme il l’a également montré dans un répertoire très différent lors de ses débuts au Carnegie Hall en février, Ólafsson résiste aux contrastes saisissants.

Ce n’est pas que son toucher se diffuse ; c’est aussi propre que du marbre. Et ce n’est pas que les tempos que lui et Denève ont choisis pour les mouvements de cadrage étaient plus lents que la normale. Mais l’effet obtenu par Ólafsson, d’une sorte de réticence virtuose, pourrait être décrit avec les mêmes mots que j’ai utilisés pour sa performance en février : une « soie sonore, introvertie et mélancolique dans les tonalités majeures et mineures, dans les deux andante et allegro.

« Céléphaïs » (2017), une section de neuf minutes du poème symphonique de Guillaume Connesson inspiré des écrits fantastiques de H.P. Lovecraft, a ouvert le concert avec une extravagance qui offre la preuve de la survivance du panache orchestral de la tradition française : sa luxuriance sinistre et des gribouillis sournois, des explosions cuivrées et des cordes sensuelles.

Les précurseurs de Connesson dans cette tradition ont été entendus après l’entracte. Le public a même eu droit à une deuxième portion : la grosse part de gâteau sucrée qu’est la Suite No. 2 tirée du ballet “Bacchus et Ariane” d’Albert Roussel de 1930 a été suivie d’une autre tranche, la Suite No. 2 d’un autre ballet mythologique du début du XXe siècle, « Daphnis et Chloé » de Ravel.

Sur le papier, cela semblait être une indulgence excessive; c’était un peu le cas, mais qui n’aime pas ses pommes de terre dans les deux sens de temps en temps ? Et bien qu’il y ait une similitude familiale entre ces œuvres, le style de Roussel est légèrement plus anguleux, avec un sentiment sous-jacent de logique distinct de la peinture de scène gonflée de Ravel.

Le Philharmonic a bien joué tout au long, surfant sur les nombreuses vagues et tourbillons d’intensité et de pigment, des aubes rosées aux crépuscules doux. Il y a eu des contributions particulièrement notables au repas-partage : Ryan Roberts, quelques années seulement après son entrée en fonction comme corniste anglais de l’orchestre mais déjà un pilier de l’ensemble, a égalé l’introspection éloquente d’Ólafsson dans le mouvement lent du concerto de Ravel.

La flûte solo, Robert Langevin, a déroulé le solo scintillant classique de son instrument dans “Daphnis et Chloé” avec une aisance conversationnelle. Cynthia Phelps, l’alto principal, avait un tour roux dans le Roussel, et Roger Nye, exceptionnellement assis dans la première chaise de basson pour cette œuvre, jouait avec une sérénité mielleuse.

Contrairement à la plupart des dîners de Thanksgiving, à la fin, la plénitude ne ressemblait pas à un ballonnement. L’acoustique claire et fraîche du nouveau Geffen Hall fonctionne contre les textures qui deviennent trop lourdes; ils privilégient l’élégance aérienne, ce qui est parfait pour Denève, dont la musique respire la détente sans perdre le mouvement vers l’avant. Quelques heures plus tard, j’aurais été plus que prêt à manger – je veux dire entendre – un peu plus.

Philharmonique de New York

Ce programme se répète tous les samedis au David Geffen Hall, Manhattan ; nyphil.org.

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